LA CHIFONIE, NOM MEDIEVAL DE LA VIELLE A ROUE (XIIe / XIIIe)
Par OC, mercredi 1 décembre 2010 à 09:32 :: LES INSTRUMENTS DU GROUPE OC :: #88 :: rss
Découvrez la genèse d'un nouvel instrument OC, la chifonie, vielle à roue médiévale. Ce mini-film de 11 minutes vous propose une escapade à Culoz dans le Bugey, pour rencontrer le maître luthier Henri Renard qui vient de fabriquer ce nouvel instrument pour Christian Salès. Cette chifonie va être utilisée dans le nouveau spectacle CATHARES épisode II.
Introduction
L'organistrum, premier instrument à cordes doté d'une mécanique, représente une des bases d'inspiration originelle du son et de l'univers OC. C'est à partir de la note de son bourdon et de sa gamme que les mélodies ont été composées. L'Organistrum a été en vogue une bonne partie du Moyen Âge avec son apogée vers la fin du XIIème siècle. Il est joué par deux personne. Une tourne la manivelle pendant que l'autre joue les notes à l'aide de tirettes. Au Moyen Âge, il sert à accompagner et répéter les chants. Le son produit est envoûtant mais sa mise en oeuvre nécessite deux musiciens et sa technique de jeu ne permet pas de virtuosité car les tirettes doivent être manipulées à pleines mains pour jouer les notes. Vers l'an 1200, un nouvel instrument apparaît. Cette nouvelle vielle à roue médiévale peut alors se jouer par un seul musicien. Tout l'instrument, dont la mécanique, les cordes et la roue, se trouve alors dans une boîte rectangulaire. C'est une Chifonie (cf. symphonia).

Le Principe
Le principe acoustique est toujours celui d'un instrument à cordes frottées mais dont l'archet est remplacé par une roue placée transversalement sous les cordes et actionnée par une manivelle sur un côté de la caisse. Les notes sont déclenchées par un clavier composé de touches qui actionnent des sautereaux modifiant la longueur vibrante des cordes donc des notes. Les cordes sont en général au nombre de trois. Les cordes-bourdons ne sont pas modifiées par le clavier. Contrairement à ce qui se passe sur l'Organistrum, chaque doigt du musicien peut déclencher une note, ce qui permet de jouer un répertoire beaucoup plus rapide, voir ornementé, dans le style et l'esthétique musicale de cette époque.
Une expression populaire
Cet instrument devient portatif au fil des années puis sera concurrencé par l'orgue. Bien souvent, ce sont des mendiants qui en jouent et sont alors appelés des "Chifoniens", dont le mot chifonier, connu aujourd'hui, désignant mendiant est probablement issu. Nous avons tous entendu parler de la "chanson du chifonier", les expressions "Les chifoniers reviennent", "se disputer comme des chifoniers"... en serait très probablement dérivées.
Les évolutions de l'instrument
En fonction des pays, la Chifonie prend des allures différentes. En Angleterre, elle prend l'allure d'une boîte rectangulaire d'où sortent les touches et la manivelle. Une sangle (baudrier) ou une corde permettent de soutenir l'instrument près du corps. Le couvercle est décoré d'ouies ou de rosaces simples. En Espagne, l'instrument conserve l'allure d'une vièle cintrée. La Nyckelharpa, instrument de Suède sera pourvu d'une clavier comme la Chifonie, mais également d'un archet comme la vièle à archet. Cet instrument dont les origines remontent au XIIème comme le témoigne une sculpture de la cathédrale de Trondheim, est toujours présent dans la musique traditionnelle scandinave.
La reconstitution
L'instrument conçu par Henri Renard se trouve dans ce prolongement mais c'est la première reconstitution avec le clavier en haut, comme le montre un grand nombre de représentations qui sont parvenues jusqu'à nous. Dans ce film, Henri Renard explique la genèse de l'instrument et son concept. Henri réalise un modèle 3-D de l'instrument avant la reconstitution afin de tester sur la simulation numérique des possibilités d'amélioration afin de gagner du temps et de l'efficacité. Ensuite, vient le travail du luthier dans la pure tradition ancestrale.
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